*

Au Four Seasons Rabat, Romain Chanet cultive l’âme de la ville

Publié le 3 novembre 2026
Au Four Seasons Rabat, Romain Chanet cultive l'âme de la ville

Romain Chanet est né à Deauville, hôtelier de troisième génération. Il a débuté au Gavroche, à Londres, avant de suivre la route des îles, des Seychelles à Bali, jusqu'à la direction du Four Seasons de Bora Bora. De ce parcours, il a gardé une conviction, exposée le 29 octobre devant la presse : « Ce qui fait le succès d'un hôtel [...], c'est vraiment cette capacité à créer une âme. » À Rabat, il a trouvé un lieu qui n'en manque pas.

Un palais, plusieurs vies

Résidence d’été de Moulay Slimane à la fin du XVIIIe siècle, Kasr Al Bahr devient en 1912 l’hôpital militaire Marie-Feuillet, puis l’hôpital Mohammed V à l’indépendance. L’écrivain Fatiha Daoudi s’élève en 2014 contre sa ruine. Depuis octobre 2024, il a retrouvé son éclat, avec 200 chambres et suites face à l’Atlantique.

« La culture sera le vecteur principal », a annoncé Romain Chanet. Il veut dépasser la musique et la danse, premières images du Maroc, pour aller vers les rituels du thé, les tables, les légendes de la ville et ses tapis. Celui de Rabat, rouge brique ou vieux rose, se transmet entre artisanes de génération en génération. Le bien-être, qu’il veut placer au premier plan, suivra le même chemin : le spa et son hammam devront puiser dans les ingrédients et les savoir-faire du terroir.

Warsha, l’espace culturel de l’hôtel, a accueilli cet été Mehdi Qotbi et Mahi Binebine. Romain Chanet veut y ajouter les jeunes créateurs et les femmes porteuses de projets de Rabat et de Salé : « J’ai vraiment envie d’un lieu de vie, d’échange. » Le nouveau positionnement est attendu à partir de 2027.

Une deuxième nuit

L’ambition a aussi son arithmétique. En 2025, les hôtels classés de Rabat ont enregistré 990 756 nuitées pour un séjour moyen de 1,74 nuit, selon Marrakech dépassait 12,4 millions de nuitées en onze mois. Le haut de gamme s’emballe pourtant : +48 % de nuitées. À Rabat, l’âme d’un hôtel a donc une traduction comptable : une deuxième nuit, puis une troisième.

Cette nuit de plus, le voyageur ne la donnera pas à une belle chambre : il en a vu d’autres. Plus de trois sur quatre disent à Hosteltur d’« hôtels avec une âme ». Ce sont les détails qu’on rapporte chez soi : un thé dont on connaît l’origine, un tapis dont on connaît la main, une légende racontée par un employé qui a grandi dans la médina.

Au-delà du décor

Pour une enseigne mondiale, la facilité serait de s’en tenir au décor : un tapis dans le hall, une cérémonie du thé à heure fixe, ce que le sociologue Dean MacCannell appelait dès 1973 l’authenticité mise en scène. Romain Chanet vise plus haut. « Le caractère local relève du comportement, pas de la décoration », résume George Vlachopoulos, de Six Senses. D’où le rôle central des équipes du palais, très majoritairement marocaines : ce sont elles qui diront Rabat aux visiteurs.

De l’autre côté du Bouregreg

Le projet peut aussi beaucoup pour ceux qui fabriquent cette culture. À Salé, le sous un chapiteau en attendant sa livraison. Pour ces mains-là, comme pour celles des tisseuses de Rabat, un tel hôtel peut devenir une vitrine et un client : commandes passées, ateliers rémunérés, noms affichés. Romain Chanet veut aussi ouvrir la grille du palais aux Rabatis et aux Slaouis, pour qu’ils s’y sentent chez eux.

« On va écrire un nouveau chapitre, on va écrire une nouvelle page ensemble », a promis Romain Chanet. Dans une ville sacrée capitale mondiale du livre par l’Unesco, le plus beau mot est le dernier.